La qualité de leau de pluie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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La plupart des idées largement répandues à propos de la qualité de leau de pluie ne résistent pas à une analyse de laboratoire.

Avant d’arriver dans la citerne, cette eau subit évidemment la pollution atmosphérique. L’effet le plus spectaculaire de cette pollution est l’acidité.

Même sans pollution, en raison de sa teneur en dioxyde de carbone CO2 toujours présent dans l’atmosphère, la pluie est naturellement acide. A cette acidité naturelle s’ajoute l’acidité due à la présence d’oxydes d’azote NOx et du dioxyde de soufre SO2. Ces oxydes sont rejetés lors de la combustion des carburants classiques (pétrole, charbon), surtout à haute température. Ces oxydes dissous dans l’eau deviennent des acides : l’oxyde d’azote formera de l’acide nitreux HNO2 et de l’acide nitrique HNO3, tandis que le dioxyde de soufre produira de l’acide sulfureux H2SO3 qui s’oxydera à l’air en sulfurique H2SO4.

Les pluies acides constituent une nuisance au niveau des forêts de conifères. Elles détériorent aussi les monuments en pierre calcaire. En ce qui concerne la valorisation domestique, l’acidité constitue un avantage.

Les substances acides contenues dans l’eau de pluie réagiront avec les composantes basiques du béton ou le mortier de la citerne et mettent des sels minéraux en solution. Pendant cette opération, l’acidité disparaît : l’eau devient neutre. L’écrasante majorité des sels mis en solution est constituée d’hydrogéno-carbonates de calcium Ca(HCO3)2. Les oxydes d’azote donneront des ions nitrates, le dioxyde de soufre, des sulfates. La contribution de ces ions est faible. On n’a jamais mesuré plus de 9 milligrammes par litre de nitrates dans l’eau d’une citerne. La valeur moyenne est de l’ordre de 3 à 5 mg/l. A titre de comparaison, dans une eau légalement potable, il peut y en avoir jusqu’à 50 mg/l. Les hydrogéno-carbonates et les sulfates sont des sels inoffensifs pour la santé du consommateur.

Si l’eau qui tombe sur le toit est acide et contient très peu de sels minéraux, celle contenue dans une citerne en béton ou en maçonnerie est neutre et faiblement minéralisée. La minéralisation moyenne est de l’ordre de 80 milligrammes par litre.

A titre de comparaison, l’eau minérale « Spa Reine » (une des meilleures eaux minérales vendues en Belgique) en contient 35 mg/l, l’eau minérale « Mont Roucous » (considérée par les spécialistes en alimentation saine comme une des meilleures) en contient 16 mg/l.

Le tableau suivant résume les résultats de 18 mesures effectuées sur des échantillons prélevés dans 7 installations.

Paramètres

Unités

Valeur Min.

Valeur Max.

Valeur Moyenne

Normes pour l’eau potable

Acidité basicité : pH

-

6,31

8,01

7,23

6,5 - 9,5

Conductivité

µS/cm

36

190

90

< 2100

Nitrates NO32-

mgN/l

0,2

4,7

1,5

< 11,3

Ammonium NH4+

mgN/l

0,010

0,059

0,022

< 0,5

Chlorures Cl-

mg/l

1,0

16,7

6,5

< 350

Sulfates SO42-

mg/l

<8

<8

<8

< 250

Calcium

mg/l

4,3

15,3

10,1

< 270

Magnésium

mg/l

0,14

0,52

0,21

< 50

Zinc

µg/l

50

1731

466

< 5000

Fer

µg/l

<50

<50

<50

< 200

Cadmium

µg/l

<10

<10

<10

< 50

Plomb

µg/l

<50

<50

<50

< 50

La qualité physico-chimique de l’eau de pluie stockée dans une citerne en béton est proche de l’idéal.

A propos de la qualité d’une eau alimentaire, suivant une idée reçue, nous aurions besoin des sels minéraux contenus dans l’eau que nous buvons. Sur cette base, certains déconseillent la consommation de l’eau de pluie qui, en raison de sa faible teneur en sels minéraux, provoquerait une « déminéralisation » de l’organisme.

Cette idée, dépourvue de base scientifique, est largement exploitée par les entreprises qui commercialisent des eaux en bouteilles. Dans les publicités, on parle « d’équilibre minéral » en précisant les quantités de tel ou tel sel minéral (calcium, magnésium, potassium, sodium, etc.) dont nous aurions besoin par jour. On place en regard de cette information - par ailleurs juste - la teneur en ces éléments de l’eau qui fait l’objet de la publicité. On laisse au consommateur le calcul de la règle de trois pour déterminer la quantité d’eau à consommer quotidiennement pour couvrir ses besoins en minéraux. A ce niveau, nous sommes en présence d’un mensonge par omission.

En fait, la fixation des sels minéraux par l’organisme est un processus complexe, extrêmement difficile à mesurer expérimentalement à cause des flux d’échanges. D’une manière globale, on peut dire qu’en période d’alimentation normale - donc hors jeûne hydrique - les sels minéraux contenus dans notre boisson ne sont pas assimilés par l’organisme. Pour être assimilables, ces minéraux (ions) doivent être enveloppés (chelatés) par des molécules organiques. Ces ions chelatés ne se trouvent que dans notre alimentation. Un bouillon de légumes, des fruits, des produits laitiers et de la viande constituent la source de ces sels minéraux.

Si l’on pouvait assimiler le calcium ou le magnésium contenus dans une eau dure (contenant beaucoup de calcaire), cela serait la fin des maladies comme l’ostéoporose, la coxarthrose ou les carences magnésiennes.

La fixation des sels minéraux contenus dans l’eau de boisson n’a réellement lieu que pendant un jeûne hydrique prolongé dépassant une semaine. C’est la raison pour laquelle pendant ces jeûnes, il vaut mieux éviter de boire l’eau de pluie ou une eau faiblement minéralisée.

 
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