«La RT 2005 n’est pas assez ambitieuse» Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par JDLE   

Bruno Peuportier, chercheur à l’Ecole des mines de Paris, revient pourle JDLE sur la réglementation thermique 2005, qui s’applique à partird’aujourd’hui. Selon lui, le nouveau cru n’est pas à la hauteur desenjeux climatiques.

Source JDLE

Quelle appréciation générale pouvez-vous faire sur la RT 2005?

Elle va dans le bon sens puisque la consommation énergétique doit baisser de 15% par rapport à la RT 2000. Et théoriquement, la RT 2005 porte davantage d’attention à l’approche bioclimatique.

«Théoriquement»?

Oui, sur le papier. En réalité, ce n’est pas aussi simple. La RT 2000 calculait une valeur limite qui tenait compte de l’architecture: un bâtiment tarabiscoté avec un taux de déperdition important était donc autorisé à consommer davantage d’énergie qu’un bâtiment compact. La RT 2005 a introduit un seuil minimum quelle que soit l’architecture. Il devrait donc être plus facile de l’atteindre avec une bonne conception thermique. Mais le seuil minimum n’est pas assez contraignant pour que cela ait un réel impact. Il s’agit plutôt d’un garde-fou. Ainsi, le calcul qui dépend de l’architecture et qui existe toujours, est généralement le plus contraignant!

Pourquoi avoir introduit ce nouveau seuil, alors?

L’administration souhaite probablement commencer à sensibiliser les architectes.

Sont-ils prêts à faire de la conception bioclimatique?

Al’évidence, non. C’est d’ailleurs pourquoi la RT 2005 n’est pas alléeplus loin. Je dirais que 5 architectes sur 1.000 sont compétents etprêts à faire des efforts. D’une manière générale, peu de gens enFrance s’intéressent à la thermique des bâtiments: les maîtresd’ouvrage n’y comprennent rien, le BTP n’a pas acquis de compétencessuffisantes, et les gouvernants donnent peu de moyens à la recherche.

Les nouvelles exigences de performance énergétique sont-elles à la hauteur des ambitions françaises, notamment celle du Facteur 4 (1)?

Non, pas du tout. J’ai participé à une étude européenne qui montre clairement que la réglementation française reste beaucoup moins stricte que ses équivalents allemand, autrichien, néerlandais, ou encore britannique (2). Même si ces chiffres doivent être utilisés avec précaution.

Pourquoi?

Il faudrait être sûr que les réglementations sont réellement appliquées. Je ne sais pas si c’est le cas à l’étranger, mais c’est loin de l’être en France. Le ministère en charge du logement et ses services déconcentrés ne mettent aucun moyen pour savoir si la réglementation thermique est respectée, ou non. Il n’y a pas de contrôle, encore moins de sanction.

Quel objectif préconisez-vous en termes de performance énergétique?

Il faut prendre exemple sur des labels tels que Minergie en Suisse ou Passiv-haus en Allemagne. Avec le savoir-faire actuel, on pourrait atteindre une consommation de 30 kilowattheures primaire par m2 et par an (kWh/m2/an), soit une division par 4, environ, de la consommation conventionnelle de la RT actuelle de 130 kWh/m2/an (3). Pour cela, la recette est simple. Il suffit de favoriser les architectures compacts pour éviter les ponts thermiques (4), d’assurer une bonne isolation par l’extérieur, un vitrage à basse émissivité (très isolant) avec une protection solaire, et une ventilation double flux. Il faut aussi favoriser l’énergie solaire.

Pourquoi ne réalise-t-on pas d’habitations de ce type en France?

Les Allemands mettent deux fois plus d’argent que les Français dans leurs bâtiments: pas seulement du fait des ouvriers, mais aussi d'une qualité bien meilleure.

La haute qualité environnementale ne peut-elle être une réponse?

Les bâtiments HQE consomment beaucoup trop d’énergie. On leur demande seulement de diminuer leur consommation de quelques % par rapport à la RT 2005, ce qui est ridicule comparé à ce qu’il est techniquement possible de réaliser. La HQE est surtout un bon business.



(1) Le Facteur 4 prévoit une division par 4 des émissions de gaz à effet de serre de la France d’ici 2050

(2) Groupe de travail n°4 du projet Predac nommé «label pour les constructions bioclimatiques et solaires».

(3) Les consommations conventionnelles vont de 80 à 250 kilowattheures primaires par mètre carré et par an (kWh/m2/an) selon la zone climatique et le combustible utilisé (fossiles ou électrique). 130 kWh/m2/an correspond à une consommation dans le nord de la France, en utilisant un combustible fossile.

(4) Zone ponctuelle ou linéaire qui, dans l’enveloppe d’un bâtiment, présente une moindre résistance thermique (jonction de deux parois par exemple). Les ponts thermiques constituent un point froid où l’humidité peut se condenser.

 
< Précédent   Suivant >